Vortex de la naissance Whapio Diane Bartlet

Whapio Diane Bartlet, est sage-femme traditionnelle. Elle propose dans ces formations une vision archaïque, ancienne tout en étant ancrée dans le présent. Voici une traduction de son texte mais j’ai essayé de faire en sorte que l’esprit de l’auteur soit gardé… Il s’agit de la vision sacrée et spirituelle de la naissance.

Si vous aussi, vous sentez qu’il y a quelque chose de plus dans la naissance naturelle, quelque chose qui dépasse la simple physiologie, alors peut-être que ce texte vous touchera…je trouve qu’il porte une sagesse rare.

NB : Vous trouverez une autre traduction en français sur Internet mais il manque une des étapes qui a pu être oubliée par mégarde. Elle est incluse ici.

Ma vision : je ne présente pas simplement ce texte parce que c’est la vision de Whapio mais parce que je partage cette vision des étapes holistiques de la naissance de tout mon coeur. On sent dans cette description une profonde vérité qui est en relation avec les Traditions spirituelles ancestrales. Humblement, je ne crois pas que j’aurais mieux décrit ces étapes que j’ai vécue à ma manière lorsque j’ai donné naissance à mes enfants. Par ailleurs, il me semble nécessaire d’ajouter que le père peut lui aussi vivre ces étapes s’il est suffisamment connecté au processus et à sa femme. Si l’espace est protégé par la sage-femme et/ou la doula, les parents peuvent aller ensemble « chercher » leur enfant…

Ce n’est pas une vision matérialiste, ni médicale, elle est spirituelle, profondément. Elle est en lien avec les états de conscience modifiées de la femme qui donne naissance, qui eux peuvent être documentés. Voici donc :

Les étapes de la naissance holistique : le Voyage du Corps, de l’Ame et de l’Esprit

(Tisser l’histoire est dans le Post-partum)

« L’Embarquement

(Pré-travail et phase de latence)

Le travail est un voyage. La préparation a souvent été complexe, conscientisée et exigeante. Il y a généralement, avant l’événement lui-même, un rituel essentiel de mise en ordre. Nous appelons cela le nidification : la Mère s’est affairée dans une dernière effervescence d’activité, prenant soin de tous les détails de dernière minute… les vêtements sont lavés, le congélateur est rempli de nourriture, la maison est parfaitement en ordre… tout est prêt.

La nidification fait partie de l’Embarquement. La Mère sent que le travail est proche. Peut-être que les contractions et la perte d’un peu de bouchon muqueux lui ont fait comprendre que le voyage est sur le point de commencer.

C’est alors que tout commence ; l’Embarquement est aussi le moment où la femme réalise que le travail a bel et bien débuté. La future mère est enthousiaste, peut-être un peu nerveuse, tout en se souciant du bien-être de ses proches et en s’assurant qu’ils seront bien pris en charge durant son absence. Au moment où le « Voyage » s’amorce, elle peut réunir sa famille pour lui dire au revoir ou, selon ses coutumes et son tempérament, prendre congé en silence auprès de son partenaire et de ses compagnons. Généralement, elle prévient à ce stade la personne qu’elle a choisie pour l’accompagner. Si elle accouche à domicile, elle avertit sa sage-femme, qui pourra arriver immédiatement ou plus tard, selon les préférences de la mère. Si elle prévoit d’accoucher à l’hôpital ou dans une maison de naissance, elle peut informer l’équipe soignante tout en restant chez elle jusqu’à ce que d’autres changements surviennent. Souvent, les mères souhaitent prendre le temps de s’habituer aux sensations que leur corps leur procure avant d’entrer en contact avec les personnes qui les accompagneront lors de la naissance. La plupart d’entre elles sont conscientes que le travail n’en est qu’à ses débuts ; elles sont enthousiastes et gèrent très bien leur énergie.

Durant cette phase, la mère ressent souvent le besoin de parler et de partager ses impressions, alors qu’elle s’éloigne de la réalité ordinaire. Elle peut être bavarde et décrire chaque contraction ou chaque sensation. Elle demeure généralement centrée sur elle-même tandis que son corps s’étire et se transforme ; ses sensations gagnent en force, en intensité et en puissance. La plupart des mères perçoivent cela comme une douleur d’intensité variable. Les vagues de contractions se succèdent avec une intensité et une fréquence croissantes, entraînant la mère vers l’Inconnu.

Dans le langage moderne, cette période correspond au pré-travail et à la phase de latence de la première étape du travail.

Sur le plan physique, le col commence à s’effacer et à se dilater ; cette étape se poursuit jusqu’à ce que la mère atteigne une dilatation de 4 à 5 cm. Les contractions durent généralement de 30 à 45 secondes et surviennent toutes les 5 à 10 minutes. À mesure que la mère s’approche du gouffre la séparant de la réalité ordinaire, les contractions gagnent en intensité tout en devenant coordonnées et rythmées.

Il devient évident qu’elle est appelée ailleurs : à chaque contraction, elle s’absente davantage de la réalité ordinaire. Son côté bavard s’efface, laissant place à un sérieux croissant. En se sentant attirée vers le Voile, elle éprouvera probablement le besoin d’entrer en lien avec les personnes qui l’accompagnent. Elle peut ressentir le besoin de la présence de la sage-femme ou du médecin, car elle comprend qu’elle s’apprête à quitter la réalité ordinaire pour faire un pas décisif vers l’inconnu ; elle souhaite que ses accompagnants en soient conscients et prêts à être témoins de ce moment.

Pénétrer le voile Whapio Diane BartletPénétrer le Voile

(Première étape, travail actif)

La mère atteint un point de son voyage où il lui faut avancer seule. Les endorphines libérées par son corps au début de ce périple ont commencé à modifier sa conscience ; elle pénètre plus profondément dans un état de conscience modifié. Elle chemine jusqu’aux confins de sa réalité habituelle, écarte le Voile et passe de l’autre côté.

Le Voile est le terme que j’emploie pour désigner la frontière séparant la réalité ordinaire de cet état de conscience profondément modifié. Durant la phase d’embarquement, l’activité cérébrale a commencé à ralentir, passant des ondes Bêta (réalité ordinaire) aux ondes Alpha (le pont vers le subconscient). Lors de l’étape suivante du travail, l’activité des ondes cérébrales ralentit encore davantage et la mère accède à un état profond d’ondes thêta (celui du subconscient).

Ce sentiment de solitude reflète le fait que la femme entre dans un espace d’autonomie qui semble émaner d’un lieu intérieur à la fois ancré et modifié. « Le Voile » désigne cette phase du travail qui annonce la transition vers ce nouvel état. Cela ne signifie pas que la mère souhaite être seule ou que la présence d’autrui est sans importance ; cela signale plutôt le basculement vers une dimension davantage centrée sur soi.

Il arrive que la mère s’approche du « Voile » à plusieurs reprises avant de décider de le franchir. Des circonstances peuvent également l’empêcher de le traverser. Les sollicitations constantes — surtout lorsqu’elles portent sur des questions banales — ainsi que les interruptions de son rythme tendent à ramener la mère vers la réalité ordinaire.

Une fois arrivée au Voile, la mère n’a plus envie de bavarder ; elle vit souvent une expérience empreinte d’une gravité et d’une profondeur nouvelles.

Elle entame le processus de séparation : bien qu’elle perçoive les détails et les événements de la pièce, elle s’y intéresse de moins en moins. La présence de la mère devant le Voile s’accompagne souvent d’une odeur perceptible dans l’air ou d’un changement de couleur subtil mais visible dans la pièce.

Ces signes permettent à de nombreux accompagnants d’évaluer la progression du travail, rendant ainsi les examens du col inutiles à ce stade. J’ai moi-même observé ces changements de couleur et je les trouve très fiables et utiles pour suivre le cheminement de la mère.

En termes conventionnels, la mère a atteint une dilatation de 4 ou 5 cm et la nature du travail évolue. Les contractions durent environ 60 secondes et surviennent toutes les 5 minutes environ. Aux yeux des accompagnants ancrés dans un état de conscience « bêta », la mère peut alors sembler un peu plus distraite ou déconnectée.

Entre les mondes

(Première étape, travail actif)

Durant cette période, la mère aspire à l’intimité, au silence, à la chaleur et au cocon de l’obscurité. Elle se tourne vers son gardien pour s’assurer qu’elle est en sécurité et que personne ne viendra rompre le caractère sacré de son voyage en la distrayant ou en lui imposant des attentes.

Mais surtout, elle cherche le regard de son partenaire pour savoir s’il est pleinement présent à ses côtés. Elle tend la main vers lui pour l’entraîner dans ce tourbillon ; ensemble, ils communiquent dans un langage silencieux à mesure que les sensations qui les unissent gagnent en puissance et en intensité. Nul ne doit les déranger ; ils se trouvent « entre les mondes ». Ils s’harmonisent avec le rythme de ce processus et, peut-être, avec l’esprit et l’âme de leur enfant.

Il leur arrive d’avoir des visions, de percevoir des couleurs ou d’entendre la voix de leur enfant. Quelle que soit leur expérience, elle est unique et significative pour eux, en tant que partenaires, parents et famille.

Cet espace « entre les mondes » est un état de conscience modifié, proche de la transe, offrant l’opportunité d’accéder à une transformation mystique. De profondes prises de conscience peuvent survenir ; de nouvelles vérités peuvent se révéler avec évidence. Cette réalité hors du commun peut faire émerger des informations et des perspectives inédites, transformant à jamais la conscience de l’individu et de la famille. La mère n’est plus dans l’état bêta ; elle a largement dépassé l’état alpha pour traverser les niveaux de conscience les plus profonds : thêta et delta (au-delà du subconscient, vers l’inconscient).

Il est important de ne pas interférer avec le couple qui donne la vie, et cela s’avère rarement nécessaire. La mère reste debout, se mouvant au rythme du travail et de ses contractions.

Celles-ci s’allongent et s’intensifient, passant de 60 à 75 secondes, pour atteindre presque 90 secondes. À ce stade, la dilatation progresse de 5 cm à 8 ou 9 cm.

Le travail est alors considéré comme difficile et souvent douloureux ; il est, à tout le moins, puissant et intense. La mère dispose de stratégies pour faire face à la situation. Elle n’est pas perdue ; elle possède les ressources nécessaires pour trouver sa voie.

Elle n’a généralement pas besoin de mots : une simple présence rassurante — celle de compagnons qui respectent son intimité et lui offrent un sentiment de sécurité — suffit, bien que de doux murmures empreints de respect et d’affirmation puissent lui faire comprendre que vous êtes là si elle a besoin de vous.

Parfois, un fredonnement ou un chant doux venant d’une autre pièce peut apporter à la mère le réconfort dont elle a besoin. Elle peut avoir envie de contact physique, d’un regard, des vertus apaisantes de l’eau… ou de rien de tout cela. J’ai appris à ne rien présumer.

Désormais, je suis la mère et le cheminement qu’elle parcourt.

Là encore, l’art de la sage-femme réside dans la capacité à répondre aux besoins de chaque femme, qu’elle souhaite de la compagnie ou de la solitude, un contact visuel ou une présence dans la pièce voisine. Cet art consiste à adapter sa présence aux préférences de chacune. Je m’installe souvent dans un coin, témoin silencieux, sans pour autant observer ni empiéter sur l’intimité du couple. Après tout, qu’y a-t-il de mal à ce que la soignante tricote dans un coin ?

La mère s’élève à mesure qu’elle plonge plus profondément en elle-même.

L’Appel

(Fin de la première étape — La transition)

La mère prend conscience qu’elle approche du sommet. Elle est plongée au cœur d’un tourbillon, bien au-delà de tout ce qu’elle a connu auparavant. Elle n’a cessé de s’ouvrir à la sagesse et à la révélation ; elle se retrouve désormais face à l’apogée de son travail. C’est pour cela qu’elle est venue : accéder au nouvel esprit — l’être nouveau qui est son enfant et celui de son partenaire — et faire venir cette âme sur Terre.

Elle entend l’Appel, elle appelle son enfant à son tour, et ensemble, ils entament le chemin du retour. C’est souvent la phase la plus délicate du voyage.

La mère doit puiser dans toutes ses réserves ; elle a besoin de savoir que son partenaire est pleinement présent et la soutient. Elle compte sur l’accompagnant pour suivre le cours des choses et maintenir le cap de l’autre côté de la tempête. La mère fait preuve d’une bravoure et d’un courage inégalés dans sa vie.

La transition est considérée comme le moment le plus intense pour la mère. Les contractions sont longues et puissantes : elles durent plus de 90 secondes et surviennent toutes les 3 ou 4 minutes. Elle approche de la dilatation complète, soit 10 cm. C’est l’ouverture maximale du corps féminin.

Bien entendu, la situation peut sembler chaotique, et il arrive que la mère vacille brièvement durant cette phase d’ouverture suprême. Elle peut dire qu’elle ne peut plus continuer ou qu’elle veut rentrer chez elle. Son regard peut s’égarer, fiévreux, alors qu’elle cherche la présence d’autrui. Elle peut demander de l’aide, mais j’ai remarqué qu’il ne s’agit pas d’un besoin concret d’intervention extérieure ; c’est plutôt un appel à être vue et soutenue alors qu’elle traverse l’épreuve la plus difficile à ce jour. Parfois, la présence d’une autre personne — surtout quelqu’un qu’elle aime et en qui elle a confiance — suffit à rétablir le calme.

D’autres fois, cette présence lui procure un sentiment de sécurité tel qu’elle peut laisser libre cours à une rage qui semble s’étendre jusqu’aux confins de l’univers. Sa tempête intérieure peut l’éloigner de la réalité ordinaire. Elle devient la tempête elle-même : sauvage et dotée d’une puissance inouïe. Les accompagnants et les partenaires peuvent en être stupéfaits, voire intimidés. La mère trouvera sa voie, quelle qu’elle soit. Il est important de noter que l’accouchement ne suit pas un modèle unique. Certaines mères restent calmes, tandis que d’autres se laissent aller à une énergie sauvage. Certains accouchements sont empreints de douleur, d’autres sont tout à fait supportables, et certains sont même orgasmiques.

Je ne prétends pas qu’une manière d’accoucher soit meilleure ou plus consciente qu’une autre. Ce que je dis, c’est que lorsque la mère est pleinement ancrée dans sa puissance authentique — quelle que soit la forme que cela prend —, son accouchement est normal, naturel et parfait pour elle.

Je dis aussi que lorsqu’une mère est conditionnée par des normes culturelles ou médicales, ou qu’elle est empêchée d’accéder à sa sagesse instinctive, son expérience de l’accouchement peut devenir insupportable, atroce, incontrôlable, humiliante et source de honte.

À ce stade, la femme a souvent besoin de trouver sa propre voie. Elle doit entendre l’Appel dans sa propre langue et selon ses propres termes. Une fois cela accompli, le chemin du retour vers soi peut s’amorcer. Toute distraction à ce moment-là peut être source de confusion et de danger ; pourtant, j’ai vu des femmes faire preuve d’une souplesse et d’une puissance remarquables, transcendant les dangers et les distractions avec une régularité étonnante.

Durant cette période d’ouverture, les femmes trouvent leur voie, se découvrent elles-mêmes, accèdent à leur puissance et à leur volonté, et entrent en communion avec des forces qui les dépassent.

En somme, tout l’art consiste à être témoin du processus sans le perturber.

La quiétude

(L’étape du repos)

C’est la période de grand calme et de paix qui survient après la transition. Tout devient paisible et silencieux ; la mère sait que « cela » s’est produit. Elle sait qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait : son havre de paix au cœur de la tempête et l’accès à l’âme de son bébé. Mère et enfant sont tranquilles et sereins, dérivant doucement vers le rivage du foyer.

Elle peut choisir de se reposer dans les bras de son partenaire ou de créer un espace de calme pour reconstituer ses forces. Son voyage n’est pas terminé — elle devra affronter les vagues qui l’attendent — mais, pour l’instant, elle est en paix. C’est l’une des étapes les plus importantes du travail.

Pendant longtemps, cette étape du travail n’a pas été reconnue dans notre culture. Une fois la dilatation complète atteinte, la mère est généralement encouragée à commencer à pousser pour faire naître son bébé. Cependant, dans une approche holistique, cette phase — qui dure habituellement de 20 à 30 minutes (mais peut être aussi brève que 5 minutes ou durer plusieurs heures) — est un moment privilégié pour que la mère se recentre et rassemble son énergie en vue de l’accouchement.

Le travail semble s’interrompre ; les contractions cessent littéralement ou ralentissent, et la mère peut s’endormir ou entrer dans une transe méditative et silencieuse. Tout le monde attend dans le calme que les contractions reprennent. Ce qui se passe durant cette phase de quiétude va bien au-delà du simple repos ou du rassemblement de ses forces.

Lorsque vous avez gravi la plus haute montagne et atteint enfin le sommet, que faites-vous ? Redescendez-vous aussitôt de l’autre côté ? Bien sûr que non.

Vous contentez-vous simplement de reprendre des forces pour la descente ? Bien sûr que non.

Vous ouvrez les yeux et regardez ! Vous contemplez ce que vous êtes venu voir de si loin. Vous vivez peut-être un moment sacré, unique, hors du temps ordinaire de votre existence. Vous êtes dans la réception. C’est peut-être l’apogée de cet état de conscience modifié.

Les ondes cérébrales peuvent basculer vers le rythme Delta — le plus lent et le plus profond que nous connaissions —, nous donnant accès aux sphères de l’inconscient : celles du savoir profond, de la compréhension méditative et des expériences de plénitude absolue. C’est le domaine de la transformation.

À ce stade, la mère accède à une compréhension et à un savoir essentiels concernant le nouvel être humain qu’elle met au monde. Elle reçoit une sagesse aisément accessible à cette haute altitude et dans cet état de conscience modifié d’une importance capitale.

Nous déplorons souvent de ne pas disposer du « plan directeur » pour élever nos enfants, mais cela n’est pas tout à fait exact. Il peut se produire un véritable téléchargement d’informations concernant l’enfant… ce fameux plan. C’est une étape clé du cheminement, et les mères souhaitent être respectées et pouvoir s’isoler pour vivre ce moment du travail.

Cette phase varie d’une femme à l’autre et d’un accouchement à l’autre ; toutefois, lorsque la mère n’est pas tenue de répondre à des attentes extérieures et ne subit pas de conditionnement rigide quant au déroulement idéal du travail, j’ai remarqué que cet intervalle dure environ 20 à 30 minutes. Au terme de cette période, les contractions reprennent et souvent, la mère est tirée brusquement de sa rêverie. Elle est alors prête à redescendre de la montagne, riche de précieuses informations. Elle fait route vers le rivage, portée par la marée montante.

Les Marées

(Première phase de la deuxième étape)

La mère pose à nouveau les pieds sur terre. Toutefois, la reprise des contractions ne signifie pas qu’elle prévoit ou qu’elle est prête à faire naître son bébé à cet instant précis.

Durant cette phase des « Marées de la Naissance », la mère est habitée par l’émerveillement ; elle a conscience que son corps guide son bébé le long du canal de naissance. Elle perçoit les mouvements de l’enfant, ressent une vivacité et une vigilance accrues qui lui permettent de naviguer entre les réalités inconscientes, subconscientes et ordinaires. Elle sait que quelque chose a changé, que la naissance est imminente, mais elle ne se presse pas. Elle redescend la montagne d’un pas assuré… revitalisée, pensive, se remémorant ce qu’elle a vu.

Ses contractions peuvent gagner en force et en intensité ; son utérus accomplit un travail bien différent de celui de la phase d’ « ascension de la montagne ». Son col est entièrement ouvert et les contractions commencent à faire progresser le bébé dans le canal de naissance, le rapprochant du périnée.

Elle peut ressentir de légères envies de pousser à chaque contraction, mais le plus souvent, elle laisse simplement celles-ci entraîner le bébé vers le bas sans y ajouter d’effort volontaire. Elle perçoit peut-être une sensation de pression ou une amorce de poussée, mais l’impulsion irrésistible de pousser avec force n’est généralement pas encore là.

Dans sa sagesse, elle comprend qu’il n’est pas nécessaire de pousser vigoureusement à ce stade ; elle doit plutôt attendre que son bébé soit tout près. La mère est concentrée, réceptive, vivante et alerte. Elle se trouve toujours « entre les mondes », mais elle incarne une femme nouvelle. Vivante et active, elle déclare à tous : « Reculez. Je suis sur le point de recevoir un bébé. »

Elle trouve sa propre position, son propre rythme. Son regard est tourné vers le rivage ; elle revient, porteuse d’un cadeau inestimable. La phase des Marées de la Naissance est généralement vécue positivement par les femmes. Quelle que soit la fatigue ou l’épuisement accumulés durant son périple, la mère ressent un regain d’énergie, une nouvelle poussée de vitalité et d’enthousiasme. La naissance devient alors un événement plus actif : l’état de réceptivité propre à l’entre-deux-mondes cède la place à l’état actif des Marées de la Naissance.

La plupart des mères se sentent galvanisées, habitées par une puissance intense. Les sensations sont perçues comme intenses et puissantes plutôt que douloureuses. Une mère alerte, redressée et maîtresse de son propre corps saura instinctivement quoi faire. Elle trouvera le lieu, la position et le rythme appropriés au travail qu’elle accomplit. Elle saura parfaitement comment mettre son bébé au monde.

Les mères ont généralement tendance à vocaliser pendant le travail. Au début — l’étape de l’Embarquement — la mère est souvent bavarde et réceptive à son environnement. À mesure que le travail progresse et qu’elle atteint le « Voile » (travail actif, dilatation à 5 cm), elle se tait et se tourne vers son monde intérieur. Ses vocalisations peuvent évoluer vers des soupirs, des bourdonnements, des « om » ou des « ah ». Lorsqu’elle se déplace « Entre les Mondes », ces sons gagnent en profondeur (et non en hauteur tonale) et en intensité. La mère peut commencer à se balancer, à gémir et à s’abandonner totalement à la nature primordiale de cette expérience puissante.

Durant l’étape de l’Appel, elle peut interpeller à voix haute l’Univers, son partenaire ou l’âme de son enfant ; elle reste généralement ancrée et centrée, tout en cherchant parfois à partager l’intensité de ce voyage avec ceux qui l’accompagnent. Parfois, la mère demande à être rassurée ; d’autres fois, elle s’enfonce encore davantage dans son propre univers intérieur.

Durant la phase de Quiétude, un grand calme s’installe.

Puis, lorsque la mère commence à affronter les « Brisants », ses sons se modifient. Plus forts et plus graves encore, les sons qui émanent de la mère en train d’accoucher sont ceux de l’ouverture : un canal se libère et tout s’écarte pour laisser le passage libre. Il convient également de noter que certaines femmes passent directement de la phase de Quiétude à l’étape suivante, celle des « Brisants ». Lors de certains accouchements, j’ai observé que des femmes — généralement celles qui attendent leur deuxième enfant ou plus — sortent de la Quiétude alors que le bébé est déjà au niveau du périnée, prêtes à commencer à pousser.

Les Déferlantes

(Deuxième phase de la deuxième étape : la poussée)

À ce moment, la tête du bébé atteint le périnée. La mère peut la sentir, et son partenaire peut parfois la voir, si la position de la mère le permet. Elle sait que son bébé est là, tout près. La sensation de la tête sur le périnée déclenche des contractions expulsives, si elles sont nécessaires. En général, les mères semblent ne faire qu’un avec la puissance des vagues et poussent avec elles, mais j’ai vu quelques femmes qui n’ont jamais poussé activement pendant leur travail. L’utérus fait tout.

Les mères accompagnent de leur voix ces contractions de naissance, et le chant de naissance, commencé dès le début du travail, culmine en une magnifique aria. La voix de la mère peut même guider le bébé jusqu’au bout du tunnel. Ces sons universels peuvent encourager le bébé dans son voyage et faire naître l’excitation et la tension naturelles du but qui approche. À ce stade, tout près du couronnement, la mère ressent une montée d’adrénaline. À la vitesse de la lumière, elle se retrouve dans deux mondes à la fois. La transe de l’ocytocine est encore palpable, mais elle est aussi consciente de sa réalité terrestre. Elle est de retour, prête à conduire son bébé jusqu’à la terre ferme.

J’ai remarqué que presque toutes les femmes adoptent la même position pour accoucher. Quand on les laisse seules, sans leur dire quoi faire, elles font toutes, naturellement, la même chose…
Elles s’AGENOUILLENT, un genou à terre.

Pendant leur passage Entre les Mondes, la plupart des femmes restent debout, portées par le flux du travail. Beaucoup se balancent pendant les contractions et se penchent en avant durant la plus grande partie de chacune d’elles. C’est une sagesse naturelle. Pendant le travail, l’utérus se déplace vers le haut et vers l’avant, et les femmes bougent naturellement avec lui, ce qui facilite le processus. Certaines vont même soutenir leur utérus vers le haut et vers l’avant pendant les contractions, sans que personne ne leur ait jamais montré ni suggéré de le faire.

Pendant la phase de Quiétude, les femmes semblent se détendre. Elles peuvent flotter dans le bain ou s’adosser. Certaines s’allongent même sur le côté. Quand les contractions reprennent pleinement, au moment des Marées de la Naissance, elles se remettent en général debout : elles marchent, se balancent, s’appuient en avant.

Lorsque cette période devient plus intense et se fond dans les Déferlantes proprement dites, la femme sait d’instinct que son bébé est proche et commence à se voûter, à se rapprocher du sol. Enfin, quand les déferlantes sont à leur apogée, les femmes posent invariablement un genou à terre et adoptent une position agenouillée, un genou sur le sol, l’autre plié. Une mère ne laissera jamais tomber son bébé par terre. Elle s’accroupit sur le sol, un genou à terre, l’autre plié, et accompagne la naissance de son enfant.

Son partenaire s’accroupit le plus souvent devant elle, un peu au-dessus, tel l’Archange, protégeant, témoignant, prenant sa place auprès des siens. La personne qui assure le suivi se tient à proximité, prête à approcher si on l’appelle. La plupart des mères mettent leur bébé au monde seules. Les bébés ne jaillissent généralement pas de l’utérus quand la mère est présente et engagée d’instinct dans son accouchement, si bien que personne n’a besoin de les rattraper. Les mains de la mère savent quoi faire, comme toujours, et il est rare qu’une aide soit nécessaire. Le bébé passe entre les mains de sa mère, qui le dépose doucement sur le tapis de naissance préparé pour lui sur le sol.

Une note sur les autres positions…

Il arrive que des femmes passent de la position agenouillée, pendant les Déferlantes, à la position à quatre pattes. Cette position est très prisée, car la mère en travail soulage son dos du poids du bébé et peut s’appuyer sur ses bras en se penchant en avant. Une mère ne la choisira que si une accompagnante ou son partenaire se charge de l’accueil du bébé, car elle sait d’instinct que son enfant se trouve désormais derrière elle et qu’elle ne peut pas le recevoir elle-même. Après la naissance, beaucoup de mères confient que cette position avait du sens sur le moment, mais qu’elles regrettent d’avoir manqué la naissance de leur enfant. Quelqu’un d’autre a fini par attraper le bébé, et bien des mères que j’ai connues ne choisiront pas cette position une seconde fois.

Les femmes semblent ne pas aimer la position en « squat soutenue » (accroupie soutenue). Elles dépendent entièrement de quelqu’un pour les maintenir pendant la naissance, le plus souvent leur partenaire, qui voit alors difficilement naître son enfant. Cela place aussi souvent la mère dans une situation inconfortable : devoir compter sur quelqu’un pour la porter pendant la naissance, alors qu’elle comprend d’instinct que ce n’est pas vraiment nécessaire. Je me rends compte que l’accroupie soutenue est une position choisie par les soignants pour la mère, plutôt qu’une position qu’elle choisirait naturellement. J’ai aussi vu des femmes avoir du mal à cambrer le dos pour le réflexe d’éjection du fœtus dont parle Michel Odent.

La position semi-assise, la plus populaire dans notre culture pour accoucher, est la plus difficile pour mettre un bébé au monde. C’est une question de géométrie sacrée. Quand une femme est assise sur son coccyx, ce qui est exactement le cas lorsqu’elle est renversée en arrière, elle obstrue le canal de naissance. Pendant le travail, le coccyx se déplace naturellement pour laisser passer le bébé. Quand la mère est assise dessus, il peut falloir une grande force pour faire passer le bébé par-dessus. Cela se traduit par des poussées dirigées, dures et puissantes, les jambes ramenées aux oreilles, et souvent beaucoup de cris et de consignes. Bien qu’elle soit psychologiquement préférée à la position sur le dos ou aux étriers, je n’ai jamais vu une mère choisir cette position, ni en avoir besoin. En réalité, d’un point de vue physiologique, être allongée sur le dos est plus facile pour le travail, car le coccyx peut s’écarter avec moins d’effort que lorsque la mère est assise dessus. Les mères n’aiment pas être allongées sur le dos pendant le travail, car elles savent intuitivement que ce n’est pas naturel et que cela demande plus de travail à l’utérus, qui se déplace vers l’avant et vers le haut.

Les femmes qui choisissent l’accouchement dans l’eau restent parfois en position semi-assise. Cela fonctionne mieux dans l’eau, car au moment où le bébé naît, la mère peut facilement se redresser, laisser le coccyx bouger et le bébé arriver jusqu’au couronnement.

La position allongée sur le côté gauche est choisie par les mères qui souhaitent rester dans leur lit ou qui y sont confinées pour une raison quelconque. Elle semble très bien se passer, car elle répartit la pression sur les fesses de la mère, mais les femmes disent qu’il est très gênant à devoir faire tenir sa jambe en l’air pendant la naissance.

Ce que j’ai appris des femmes qui accouchent, c’est qu’elles trouvent d’instinct la position qui convient le mieux à leur travail, le plus souvent la position agenouillée. Quelle que soit la position qu’une femme choisit, semi-assise, à quatre pattes ou agenouillée, c’est la position naturelle sur le moment. Il n’existe pas une seule bonne position pour accoucher. Elle est aussi individuelle que chaque femme et chaque travail. D’après mon expérience, les femmes choisissent le plus souvent la position agenouillée lorsqu’elles ne sont pas culturellement conditionnées.

La distinction entre les deux phases de la deuxième phase du travail

En pratique clinique, nous ne reconnaissons qu’un seul aspect de la deuxième phase. Dans ce modèle holistique, nous constatons que les mères ne poussent généralement pas avant que la tête n’arrive sur le périnée, et nous avons donc distingué deux phases. La première partie de la deuxième phase, les Marées, survient après la transition et comprend la période qui va de la dilatation complète à l’arrivée de la tête sur le périnée. Elle correspond au temps pendant lequel l’utérus conduit naturellement le bébé à travers le canal de naissance. L’autre partie, les Déferlantes, caractérise le moment où le bébé est visible et où la mère ressent une envie de pousser impérieuse et involontaire.

Il arrive qu’elle sente son utérus pousser doucement pendant les Marées de la Naissance. Elle ne pousse pas avec lui : ce n’est pas nécessaire. En fait, encourager une mère à pousser, ou diriger sa poussée, avant que la tête ne soit sur le périnée peut causer des lésions inutiles aux tissus vaginaux, faire éclater des capillaires et désorienter la mère, qui sait d’instinct que son bébé descendra si elle bénéficie d’intimité, de temps et de la possibilité de trouver la position qui lui convient. Pendant les Déferlantes, elle unira ses propres efforts à ceux de l’utérus pour mettre son bébé au monde.

Les femmes m’ont appris qu’il n’est pas nécessaire de dire à une mère de commencer à pousser, ni de la guider ou de diriger sa poussée. Cela va à l’encontre de ses instincts et, sauf si quelque chose ne va vraiment pas, ses instincts resteront toujours son meilleur guide. Pousser avant que la tête ne soit visible, ce que l’on appelle la poussée dirigée, est au mieux une réussite douteuse. Il peut être humiliant d’allonger une femme sur le dos, de lui ramener les jambes aux oreilles et de l’exhorter à faire descendre son bébé en poussant. C’est instinctivement faux, cela paraît autoritaire et, d’après mon expérience, c’est généralement inutile.

(Certaines variantes, comme les mères dont le bébé est en position postérieure, ont souvent besoin d’aide pour soulager la douleur et pour les techniques de poussée… nous y reviendrons plus tard.)

L’Émergence

(La naissance)

Au moment du couronnement, la plus grande partie de la tête du bébé a franchi la Porte de la Naissance. La mère est souvent extatique et pleine d’énergie.

Elle peut pousser un cri, comme pour annoncer son retour. Une réponse adrénergique se produit : elle se redresse légèrement de sa position agenouillée et cambre le dos. Michel Odent a appelé ce mouvement le réflexe d’éjection du fœtus. Ce redressement lui permet de faciliter le couronnement et le passage du bébé dans la dernière partie du canal de naissance. Cette montée d’adrénaline, qui coexiste avec le flux d’ocytocine, est responsable de l’éveil de la mère et du bébé à ce moment-là. Une mère peut se sentir quelque peu submergée en passant d’une dimension à une autre, mais elle n’est jamais démunie : elle sait ce qu’il faut faire. Elle met simplement son bébé au monde. Pendant qu’elle est agenouillée, son partenaire peut lui faire face, prêt à recevoir son enfant. Une autre paire de mains, celles de la sage-femme ou de l’accompagnante, est peut-être prête à aider, ou peut-être pas. L’aide n’est normalement pas nécessaire. La mère n’est pas hors de contrôle, la naissance n’est pas chaotique, il n’y a ni hystérie ni confusion. La naissance est accessible, et la femme fait ce qui est naturel.

C’est un fait absolu : une femme n’a pas particulièrement besoin que quelqu’un attrape son bébé. Elle peut souhaiter une autre paire de mains dans son espace, ou souhaiter que quelqu’un reçoive son enfant, mais elle n’en a pas à proprement parler BESOIN. Le mythe selon lequel quelqu’un doit vérifier le cordon ou exercer une traction sur la tête pour dégager le bébé est tout simplement faux. Les cordons semblent se résoudre d’eux-mêmes : un tiers des bébés que j’ai vus naître avaient le cordon autour du cou, et en général, il n’y avait rien à faire. La traction sur la tête ou l’aide apportée au bébé n’est généralement pas nécessaire non plus, et peut en réalité causer un problème ou un retard.

Le Retour

(Le post-partum immédiat)

Le bébé glisse dans un monde nouveau. Une transformation a eu lieu. La mère et l’enfant traversent une période de réintégration et de réorganisation. Cette phase peut durer de 5 à 10 minutes ; par son calme et son silence, elle ressemble à la Quiétude. La mère et le bébé se stabilisent, réorganisant leur structure moléculaire, et pendant quelques instants, ni l’un ni l’autre ne fait rien de visible. Le bébé passe de la circulation fœtale à la circulation néonatale, amorce sa respiration, sent son environnement, ressent l’air pour la première fois, écoute, voit, et reçoit ses premières impressions de cette planète. La mère voit cette planète avec des yeux neufs. Elle reste en général assise tranquillement quelques instants, se laissant revenir. Puis elle tend la main pour toucher son bébé. Le plus souvent, le partenaire reste à côté, à regarder, les larmes aux yeux, plein d’émerveillement.

C’est le moment de l’attachement terrestre. L’ocytocine, l’hormone de l’amour, atteint son niveau le plus élevé de tout le travail, et la famille tombe amoureuse. La mère reconnaît son enfant, le partenaire prend sa place dans la famille. Le lien se crée d’abord sur le plan psychique et spirituel, puis la mère tend les bras pour prendre son bébé.

Les mères m’ont enseigné qu’il ne convient pas d’intervenir pendant cette étape importante de la naissance. C’est un moment incroyablement intense et sacré, et si nous comprenions vraiment la naissance et les conséquences du retour d’un état modifié de conscience, la réintégration, nous protégerions l’intimité de la mère et du bébé à ce moment plus qu’à tout autre. J’ai remarqué que les mères ne sont souvent pas prêtes à tenir leur bébé immédiatement après l’accouchement. Elles ont besoin d’un moment, de deux, de cinq. Elles ont besoin de rencontrer leur bébé de manière authentique et instinctive. Il n’est pas nécessaire de tendre le bébé à la mère et, surtout, il ne faut jamais l’éloigner de son espace.

La Rencontre

À ce moment, la mère a pris son bébé et commence à faire sa connaissance. La mère et le père sont émerveillés : par leur bébé, l’un par l’autre, par les royaumes extraordinaires qu’ils viennent de traverser. Avec émerveillement et révérence, ils s’approchent de leur bébé. Au début, ils pleurent peut-être, sans voix, encore enveloppés dans le cocon mystique du Vortex. Puis viennent bientôt les expressions de joie, lorsque les parents caressent leur bébé, lui parlent et se parlent. Pendant le Retour et la Rencontre, les distractions doivent être réduites au minimum pour respecter les premiers instants du lien entre les parents et leur bébé. Les stéthoscopes, les flashs, les appareils d’aspiration, les mains et les voix autres que celles de la mère et du père peuvent être perturbateurs et déplacés pendant ces premières minutes vitales, surtout si les parents souhaitent que le caractère sacré de ce lien soit respecté.

Quand la Rencontre touche à sa fin (en général après une dizaine de minutes) et que la mère et le père ont exploré leur nouvel enfant, la mère peut sentir le placenta descendre et sentir qu’il est prêt à naître. Si c’est le cas, elle demandera le bol et souhaitera peut-être que l’accompagnante s’approche. Cependant, la plupart des femmes avec lesquelles j’ai travaillé n’ont pas souhaité mettre au monde leur placenta avant l’étape suivante.

Extrait du Tao : « La sage-femme fait son travail en ne faisant rien. »

De près, sans interrompre ni entrer dans l’espace de la mère, la sage-femme ou l’accompagnante peut examiner le nouveau-né, évaluer le décollement du placenta et les saignements, évaluer et satisfaire les besoins immédiats de toutes les personnes présentes, stabiliser l’environnement et être le témoin silencieux pendant ces premières minutes et ces premières étapes après la naissance.

La Communion

C’est le moment où les parents choisissent de présenter leur nouveau bébé aux autres personnes présentes dans la pièce. Les enfants, les grands-parents, les amis, les accompagnants sont invités à s’approcher pour saluer le nouveau-né. À cette invitation, l’accompagnante peut entrer dans l’espace de la mère et de sa famille. La maman et le bébé sont éveillés et réceptifs. Le père assimile l’expérience et accueille l’enfant. Le bébé peut manifester de l’intérêt pour la tétée. On offre des félicitations, et une célébration paisible s’installe. Le Retour, la Rencontre et la Communion durent ensemble environ 20 à 30 minutes et constituent le post-partum immédiat. Bien qu’elles soient brèves, ce sont des étapes de la naissance très différentes, chacune avec une expérience unique et importante, qui influence le développement et le bien-être de la famille.

L’Accomplissement

(Post-partum immédiat, la délivrance du placenta)

Environ 30 minutes après la naissance, la mère tourne souvent son attention vers son placenta. À ce moment, le placenta est sorti de l’utérus et se trouve dans le yoni. Il naît alors facilement, sans manœuvres ni inquiétude. La sage-femme peut tenir le bol et aider la mère à se positionner pour l’expulser.

La mère a vécu son temps de lien avec son bébé, a échangé un premier moment avec ses proches, et elle s’installe maintenant pour allaiter et reprendre des forces en mangeant et en buvant quelque chose. La famille est stable et en sécurité. Peut-être la sage-femme a-t-elle fini le petit bonnet du bébé et l’offre-t-elle aux parents avant de se retirer.

Les bébés restent en général éveillés pendant la première heure environ après la naissance. Puis ils sombrent généralement dans un sommeil profond, après avoir tété et être tombés amoureux. La mère a mis au monde son placenta et reçu nourriture et témoignage de ses proches. C’est alors le moment, après environ une heure, pendant que son bébé dort, pour l’accompagnante de revenir et d’aider la mère à faire le point sur son corps et ses saignements. La mère peut souhaiter prendre une douche et examiner son périnée, la pièce de naissance est rangée, on passe les coups de téléphone. Peut-être la mère demande-t-elle encore à manger et souhaite-t-elle parler, ou peut-être veut-elle se reposer. Tandis que ces derniers gestes s’achèvent, la mère et son partenaire se rapprochent et se préparent à envelopper leur bébé, et l’un l’autre, dans le sommeil.

La sage-femme enveloppe tout le monde de sa présence, tandis qu’elle écrit ses notes ou ferme les yeux dans une veille silencieuse.

Tisser l’histoire

(Le post-partum)

Pendant les jours et les semaines qui suivent, le vortex reste ouvert. Mamatoto… la mère-bébé… établissent leur relation et leur rythme. L’état modifié de conscience est encore perceptible, mais commence à se refermer. La rapidité avec laquelle il se referme dépend de la rapidité avec laquelle la mère retrouve sa réalité ordinaire. Pendant cette période, la famille et l’accompagnante reviennent sur les événements de la naissance. C’est un moment crucial pour témoigner et pour mettre en mots le voyage les uns auprès des autres. La mère a l’occasion de revisiter son état modifié avec ses proches et d’en formuler la sagesse. Le partenaire est intégré aux expériences, et les parents partagent leurs découvertes.

Le Tissage se poursuit à jamais. Les familles et les accompagnantes tissent un lien particulier, et, à mesure que le temps passe et que les enfants grandissent, la sagesse de la naissance continue souvent de se révéler et d’être comprise. Être présente auprès des familles en post-partum est aussi important que de l’être pendant la grossesse et la naissance. C’est aussi à ce stade que les parents me disent ce qui a marché pour eux et ce qui n’a pas marché. C’est un temps de communication ouverte et franche, au cours duquel les parents m’ont appris à mieux les accompagner en tant que sage-femme.

En continuant à accompagner des femmes et des familles pendant la naissance, d’autres choses m’ont été révélées. Quand j’ai renoncé à mes idées préconçues sur la naissance et observé ce qui se passait réellement, les femmes se sont senties libres et ravies de me faire découvrir un nouveau paradigme. Et même si je sais que ce récit de la naissance ne représente pas le courant dominant de la naissance aujourd’hui, c’est mon expérience, et celle de nombreuses femmes que j’ai accompagnées. En éternelle étudiante de la naissance, je les en remercie.

Bien que j’emploie le pronom « il » pour désigner un partenaire, je ne souhaite en aucun cas marginaliser les couples de même sexe. Je ne veux pas non plus minimiser les mères célibataires, qui ont fait plus pour la libération des femmes que n’importe quel groupe auquel je puisse penser. Ma pratique a surtout concerné des couples mariés non homosexuels ; j’utilise donc ce qui m’est le plus familier. »

Whapio Diane Bartlet

https://www.thematrona.com/holistic-stages-of-birth