
Comprendre l’accouchement c’est comprendre le jeu des hormones dans le corps. Ce sont les musiciens de la symphonie qu’est l’accouchement. Certains endroits du corps en sont les chefs d’orchestre : hypothalamus (cerveau), glandes surrénales (sur les reins)…
En nous concentrant sur la physiologie de l’accouchement, il est plus simple d’agir ou de ne pas agir afin de favoriser le travail naturel du corps dans toute sa sagesse.
Pendant le travail, l’environnement émotionnel de la femme influence directement l’équilibre hormonal qui permet — ou empêche — l’accouchement de progresser. Deux hormones jouent un rôle antagoniste : l’ocytocine et l’adrénaline.
L’ocytocine est souvent surnommée « l’hormone de l’amour ». Elle est produite par l’hypothalamus et libérée par l’hypophyse. On l’appelle ainsi parce qu’elle intervient dans presque tous les moments de lien affectif et de confiance : elle culmine lors d’un câlin prolongé, d’un orgasme, du contact peau à peau entre une mère et son bébé, ou encore lors de l’allaitement. C’est aussi elle qui déclenche et entretient les contractions utérines pendant l’accouchement, et qui provoque le réflexe d’éjection du lait maternel ensuite. Par ailleurs, elle a la particularité d’être « timide » : elle se libère facilement dans un climat de confiance, de chaleur et d’intimité, mais se bloque dès qu’apparaît une sensation de danger ou de jugement.
C’est l’hormone du lien entre les êtres humains.
L’adrénaline, à l’inverse, est l’hormone de l’alerte et de la survie, sécrétée par les glandes surrénales face à une menace, réelle ou perçue.
Ce qui favorise la sécrétion d’ocytocine :
- l’obscurité ou la pénombre (comme la plupart des mammifères, les humains sécrètent moins d’ocytocine en pleine lumière)
- l’intimité et l’absence d’observateurs ou d’inconnus dans la pièce
- le silence, ou une ambiance sonore très calme (parler à une femme sollicite son néocortex)
- le contact physique rassurant : être touchée, masser, être dans l’eau chaude
- se sentir en sécurité, en confiance avec les personnes présentes
- le contact peau à peau, le regard entre une mère et son bébé après la naissance
- les câlins, l’orgasme, l’allaitement
- la chaleur physique et humaine
Ce qui favorise la sécrétion d’adrénaline :
- se sentir observée, jugée, surveillée
- un environnement froid, éclairé de néons, bruyant, « médicalisé »
- devoir parler, répondre à des questions, réfléchir consciemment
- un changement de lieu brutal en plein travail (transfert en urgence vers une maternité)
- la peur, l’inquiétude, le sentiment de ne pas être en sécurité
- le froid, la faim, la fatigue extrême, la douleur mal accompagnée
- La peur des autres (l’adrénaline est en quelque sorte « contagieuse » au niveau inconscient)
L’ocytocine et l’adrénaline agissent alors comme deux robinets qui ne peuvent pas couler à plein en même temps : dès que l’adrénaline monte, l’ocytocine se bloque. C’est ce qu’on observe concrètement chez certaines femmes transférées en urgence vers une maternité en plein travail : le simple changement de lieu, l’agitation, les néons de la salle d’accouchement peuvent suffire à ralentir ou stopper temporairement les contractions. Et c’est ainsi qu’un médecin du dix-neuvième siècle raconte même qu’une femme en travail surprise de l’arrivée brusque du médecin dans sa chambre a vu ses contractions d’arrêter pour ne reprendre que 3 jours après ! C’est extrême certes mais apparemment c’est arrivé… !
Un accouchement physiologique

C’est pourquoi les conditions qui favorisent un accouchement physiologique ressemblent à celles qu’on retrouve chez la plupart des mammifères qui s’isolent pour donner naissance (des petits chatons dans le placard!) : pénombre, intimité, absence d’observateurs, silence. Dans ces conditions, la femme entre dans un état de conscience particulier, un « lâcher-prise » cérébral, où le néocortex se met en retrait au profit de structures cérébrales plus archaïques (hypothalamus, système limbique), qui pilotent la libération d’ocytocine sans interférence.
Le fameux réflexe d’éjection du bébé
Puis, tout à la fin du travail, un phénomène différent apparaît : le réflexe d’éjection du bébé. Il est parfois précédé d’un moment bref et déroutant, une sorte de vague de panique ou de désespoir irrationnel — certaines femmes disent « arrêtez tout » ou « je n’y arriverai pas » — puis surviennent quelques contractions d’une puissance et d’une rapidité inhabituelles, presque incontrôlables, qui permettent la naissance du bébé.
On sait aujourd’hui qu’un pic d’adrénaline accompagne ce moment précis. Mais ce pic n’apparaît que si la femme est déjà dans cet état de sécurité et de retrait cérébral décrit plus haut : c’est parce que le néocortex est déjà « débranché » que cette poussée d’adrénaline peut jouer un rôle utile — donner un sursaut d’énergie et de vigilance à la mère (et au bébé, qui naît souvent les yeux grands ouverts) pour ce dernier effort — plutôt que de nuire au processus comme le ferait une adrénaline liée à la peur ou à l’insécurité en plein milieu du travail.
Lorsqu’on y pense c’est assez étonnant : la même hormone peut soit bloquer l’accouchement, soit le propulser vers sa fin — tout dépend du contexte psychologique dans lequel elle survient. On réalise ainsi à quel point une symphonie est affaire d’équilibre, de nuances, de subtilité qui ne peuvent s’ajuster qu’avec beaucoup de douceur et de patience…
Pour un accompagnement qui aide à préserver la physiologie de la grossesse et de l’accouchement: Formation à la naissance naturelle
Important : Cet accompagnement est un soutien éducatif, émotionnel et informatif non médical. Il ne remplace en aucun cas le suivi médical de la grossesse et de l’accouchement réalisé par une sage-femme diplômée d’État ou un médecin. Toute surveillance médicale, examen ou décision clinique relève exclusivement des professionnels de santé habilités.




