Aliments contenant de la B9

Si vous suivez les groupes de mamans ou les comptes de consultantes en lactation, vous avez peut-être déjà croisé cette information : « trop de vitamine B9 pendant la grossesse donnerait des freins de langue restrictifs chez bébé ». C’est une question qu’on me pose souvent en consultation. Alors, nous allons essayer d’y voir plus clair, bien que l’avis ne puisse tranché pour le moment.

Qu’est-ce qu’un frein restrictif ?

Pendant la vie embryonnaire, la langue de votre futur bébé est d’abord soudée au plancher de la bouche. Progressivement, les cellules qui la relient disparaissent, un peu comme la membrane entre les doigts d’un embryon finit par se résorber pour laisser place à des doigts bien séparés. Chez la plupart des bébés, ce processus se termine normalement et la langue peut bouger librement.

On parle de frein restrictif (ou ankyloglossie pour le terme médical) quand ce détachement reste incomplet : un morceau de tissu trop épais ou trop tendu continue de retenir la langue, la lèvre ou la joue, et gêne les mouvements. Cela peut compliquer l’allaitement, la prise de poids du bébé, et parfois le développement du langage plus tard.

Et la vitamine B9 dans tout ça ?

La vitamine B9 (acide folique, ou folate sous sa forme naturelle) est l’une des rares supplémentations dont l’utilité est proposée en début de grossesse : on dit qu’elle réduit fortement le risque de malformations graves du tube neural chez le bébé, comme le spina bifida. C’est pour cette raison que la prise d’acide folique est recommandée dès le projet de grossesse et pendant le premier trimestre.

Mais depuis peu on la soupçonne d’être liée aux freins restrictifs ? Tout est parti d’une hypothèse scientifique publiée en 2020.

L’origine de l’hypothèse

Une équipe de chercheurs israéliens a émis l’idée suivante : pendant la formation des organes de l’embryon (l’organogenèse), un apport très élevé en acide folique pourrait accélérer la fermeture des structures situées au centre du corps de l’embryon — dont la zone sous la langue — et laisser plus de tissu que nécessaire à cet endroit, ce qui donnerait un frein trop épais.

Pour tester cette idée, ils ont comparé les habitudes de 85 mamans de bébés avec un frein restrictif à celles de 140 mamans de bébés sans frein, dans une communauté de Jérusalem. Résultat : les mamans du premier groupe avaient été un peu plus nombreuses à prendre de l’acide folique « régulièrement » avant leur grossesse.

Cette étude a beaucoup circulé depuis, y compris dans les milieux du bien-être, des accompagnantes en périnatalités et doulas, des ostéopathes et des consultantes en lactation. Tous ensemble autour de ce problème, nous cherchons et nous nous posons des questions. Cra nous savons que bien souvent lorsque les scientifiques commencent à faire des études, ils partent d’une hypothèse qui vient d’observations chez les patients…

L’avis d’autres scientifiques

En 2023, une équipe de chercheurs britanniques a fait un travail minutieux : ils ont épluché toutes les bases de données scientifiques mondiales pour rassembler toutes les études ayant exploré ce lien. Verdict : sur l’ensemble de la littérature disponible, une seule étude établissait réellement ce lien de façon directe — celle de 2020 mentionnée plus haut.

En examinant cette étude de près, les chercheurs ont relevé plusieurs failles importantes :

  • On ne sait pas précisément comment les groupes de mamans ont été sélectionnés ni comparés.
  • Les mamans devaient se souvenir, après coup, de leur consommation d’acide folique avant la grossesse — un exercice de mémoire qui peut donner des erreurs
  • Peu d’autres facteurs ont été pris en compte dans l’analyse (l’alimentation, la génétique, les antécédents familiaux de frein restrictif, etc.).
  • L’étude portait sur une population très spécifique (une communauté religieuse de Jérusalem), ce qui rend difficile toute généralisation à l’ensemble des femmes enceintes.

Leur conclusion : à ce jour, il n’existe pas de preuve scientifique solide d’un lien de cause à effet entre la supplémentation en acide folique et le frein restrictif. Et surtout, les bénéfices établis de cette supplémentation (prévention de malformations graves) dépasseraient largement ce risque.

Une piste plus récente, encore à confirmer

Une étude indonésienne publiée en 2025 a repris la question sous un autre angle, preuve que le problème est connu et pause question !

Plutôt que de demander aux mamans si elles avaient pris des compléments, les chercheurs ont directement mesuré le taux d’acide folique dans leur sang. Ils ont trouvé une association statistique avec la présence d’un frein restrictif chez le bébé en tant que telle. Fait troublant : le facteur le plus associé à ce taux sanguin élevé était la consommation de pâtes, de melon et de laitue…

Cette étude n’a pas encore été validée par d’autres scientifiques indépendants (on parle de « preprint »), donc, la sagesse nous préconise de la considérer comme une piste de réflexion.

Et la piste génétique (MTHFR) ?

Une autre explication a été proposée chez les praticiens en périnatalité : certaines femmes portent une variation du gène MTHFR, qui code l’enzyme chargée de transformer l’acide folique (la forme synthétique des compléments) en méthylfolate, sa forme active utilisable par le corps. Si cette enzyme fonctionne mal, l’acide folique pourrait s’accumuler sans être transformé, ce qui pourrait, en théorie, interférer avec le développement des tissus.

C’est une hypothèse biologiquement plausible, mais elle n’a pas été démontrée : un essai clinique comparant des femmes prenant de faibles et de fortes doses d’acide folique n’a trouvé aucune différence de folate « non transformé » dans leur sang entre les deux groupes.

Ceci dit, les naturopathes savent que la nature ne peut pas toujours transformer ce qui a été manipulé par l’homme (une vitamine chimique recrée en laboratoire par exemple, ou des additifs alimentaires).

Ce n’est pas parce qu’une hypothèse n’est pas prouvée qu’elle n’existe plus…Il faut souvent avoir de gros intérêts financiers pour déclencher des études randomisées contrôlées à grande échelle. Sinon les études ne sont tout simplement pas réalisées…

Bien choisir son complément

Aussi comment faire pour bien choisir son complément ? Pour commencer, en parler avec votre sage-femme car elle a probablement une expérience et une opinion sur le sujet.

Ensuite, il faut savoir qu’il existe deux grandes formes sur le marché : l’acide folique, la forme classique utilisée depuis des décennies, et le méthylfolate (ou 5-MTHF), une forme plus récente, déjà « prête à l’emploi » pour le corps. Ces dernières années, de nombreux compléments pour femmes enceintes sont passés au méthylfolate, présenté comme mieux assimilé — ce qui est vrai.

Aussi, si le méthylfolate est mieux assimilé, le risque de surdose qui nous intéresse ici est donc plus probable et devrait alerter notre vigilance.

Le corps absorbe le méthylfolate plus efficacement que l’acide folique, surtout à dose élevée.

Résultat : un complément affichant une dose « équivalente » à la dose classique recommandée peut, une fois transformé par l’organisme, apporter beaucoup plus de vitamine B9 active que prévu. Or les repères officiels de dose ont historiquement été construits autour de l’acide folique, pas du méthylfolate, ce qui peut créer une confusion sur les étiquettes.

Par ailleurs, des doses élevées de folates — les deux formes, mais surtout le méthylfolate à haute dose, qui traverse plus facilement la barrière placentaire — ont été associées, dans certains retours de terrain, à des effets indésirables comme maux de tête, insomnie, anxiété ou palpitations chez la mère. Ces effets restent mal étudiés à ce jour, et leur impact éventuel sur le développement neurologique du bébé n’est pas connu. C’est une bonne raison de rester attentive à la dose plutôt que de choisir un produit uniquement sur son argument marketing. Nous savons que la grossesse avec ses mères plus émotives génère un marketing émotionnel parfois agressif.

En pratique :

  • Pour la grande majorité des femmes, 400 µg/jour d’acide folique classique, de 4 semaines avant la conception jusqu’à la 12ᵉ semaine de grossesse, reste la recommandation officielle adaptée et sûre.
  • La limite de sécurité à ne pas dépasser au long cours, tous folates confondus, est de 1000 µg/jour.
  • Si votre complément contient du méthylfolate, sa dose ne se compare pas directement à celle de l’acide folique : mieux vaut demander à votre sage-femme ou votre médecin de vérifier que le produit choisi reste dans les repères recommandés pour votre situation.
  • Certaines situations particulières (antécédent de bébé avec malformation du tube neural, chirurgie bariatrique, mutation génétique connue du gène MTHFR) peuvent justifier une dose différente — toujours sur avis médical.
  • Quelle que soit la forme choisie, il est utile de vérifier aussi son statut en vitamines B12, B2, B6 et en zinc, qui travaillent en équipe avec la B9.

Et dans l’alimentation, où trouver la vitamine B9 ?

La vitamine B9 est surtout présente dans :

  • les légumes verts à feuilles : épinards, asperges, blettes, choux et brocolis, ainsi que la mâche et la roquette
  • les légumineuses : lentilles, haricots secs, pois chiches et pois cassés
  • les abats : foie d’agneau ou de veau, abats de volaille
  • le jaune d’œuf, les châtaignes, les agrumes (oranges), et la levure de bière ou de boulanger, particulièrement riche

A savoir : 100 g de pois chiches cuits, 100 g d’épinards cuits et une cuillère à soupe de levure de bière cumulent à eux seuls la quasi-totalité du besoin quotidien. Et comme les folates sont sensibles à la chaleur, à la lumière et à l’eau, la cuisson vapeur ou la consommation crue préserve mieux ces vitamines qu’une cuisson prolongée à l’eau.

Ce qu’il faut retenir

  • Le lien entre vitamine B9 et frein restrictif est une hypothèse qui demande plus d’études et de recherche pour être avéré mais la vigilance reste de mise.
  • Des pistes existent encore (taux sanguin, génétique MTHFR) mais elles restent à confirmer par des études plus poussées.
  • La vitamine B9 demeure l’une des supplémentations les mieux validées de la grossesse pour prévenir des malformations graves.

En d’autres termes, si vous vous supplémentez avec un complément alimentaire:

  •  200 μg de 5‐MTHF correspondent à 340 μg EFA (acide folique)
  •  400 μg de 5‐MTHF correspondent à 800 μg EFA (acide folique)
  •  600 μg de 5‐MTHF correspondent à 1200 μg EFA (acide folique)

 

En pratique : Voici quelques compléments que je conseille (je suis complètement indépendante des laboratoires).

Vous y trouverez 200 microgrammes d’acide folique standard par gélule et d’autres ingrédients. Une gélule par jour si vous vous alimentez avec rigueur et constance, devrait suffire. A voir avec votre sage-femme. En plus, Weleda vend une homéopathie de grande qualité qui lui coûte cher et qu’elle finance avec les cosmétiques et compléments alimentaires vendus. Peut être débuté en préconception.

Si vous souhaitez prendre du 5-MTHF, alors celui-ci ne propose que de la vitamine B9 sous cette forme, vous pouvez ensuite compléter avec un bon multivitamine comme celui-ci :

https://www.nutrixeal.fr/522-multivitamines-multimineraux-multiantioxydants.html

Il complètera votre alimentation. La vitamine B9 de Nutrixeal me semble trop dosée en 5-MTHF dans une seule gélule, difficile de réduire la quantité en divisant la gélule en deux, mais ce n’est pas impossible. Nutrixeal propose des compléments de grande qualité.

Sources : Amitai et al., « Pre-conceptional folic acid supplementation: A possible cause for the increasing rates of ankyloglossia », Medical Hypotheses, 2020 · Rubin et al., « Maternal folic acid supplementation and the risk of ankyloglossia (tongue-tie) in infants: a systematic review », PLOS ONE, 2023 · Kesuma et al., « Investigating the Association Between Maternal Folic Acid Supplementation and the Occurrence of Ankyloglossia in Newborns », preprint Research Square, 2025 · ANSES, Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux, mars 2021 · Lodato M-I., « Folates : attention aux doses de méthylfolate pour la supplémentation en périnatalité », Oreka Formation : https://www.oreka-formation.com/post/folates-supplementation-perinatalite

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas un avis médical personnalisé.

 

 

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